Si l’actualité politique belge est monopolisée par les « -teurs » et les tentatives de « faire coïncider » les volontés des partis qui seront amenés à gérer le pays, il est utile de garder à l’esprit que les dynamiques de régression sociale à l’œuvre dans différents Etats européens risquent d’être enclenchées ici aussi dès qu’un gouvernement sera formé.
Eh oui, car ces mesures d’« austérité », douloureuses pour les travailleurs (et pas pour le capital) mais « inévitables » (vraiment ?) déjà expérimentées dans la douleur en Grèce et en Espagne dicteront, à n’en pas douter, les premiers pas du futur gouvernement fédéral.
A l’image de ce qu’il se passe actuellement en France, l’un des premiers grands « chantiers » de dépècement de la sécurité sociale sera celui des pensions. Et les conclusions de la « Conférence Nationale des Pensions » (reprises dans un Livre Vert publié en février 2010[1]) serviront très certainement de base à la « réforme » (ou « contre-réforme », pour être précis) qu’on nous prépare.
A la lecture de la synthèse de ce Livre Vert, des réponses consensuelles ont déjà été trouvées : un nouveau « Pacte des Générations » (réduction des prépensions et augmentation du taux d’emploi des 55-65 ans). Problème : la discussion n’a pas été menée avec les premiers concernés… les jeunes ! Le futur de nos sociétés dépend en grande partie des aspirations des plus jeunes. Et on ne voudrait pas les consulter sur un débat aussi sensible que celui de la réforme des pensions ? Doit-on comprendre que les réponses, peu consensuelles, qu’une telle consultation pourrait apporter, ébranleraient les belles certitudes cadenassées par le Livre Vert ?
Pas étonnant qu’un assureur privé réalise des sondages auprès des jeunes sur les pensions et organise un débat pour publier les résultats dont la représentativité et la validité scientifique rivalisent de médiocrité[2]… Profitant du climat de psychose sur les pensions, au son des « on ne pourra plus les payer », cet assureur a réussi à soutirer les réponses qu’il escomptait : « les jeunes ne font pas confiance au gouvernement pour gérer leur pension ». Grand pédagogue, il leur a fait comprendre « par eux-mêmes » qu’il vaut mieux souscrire une assurance privée… chez l’organisateur du sondage, par exemple.
S’il est nécessaire de s’interroger sur la légitimité d’un débat organisé dans un but commercial, il est tout aussi important de se demander pourquoi le ministre compétent n’a pas jugé utile de prendre en compte les opinions de toutes les générations.
Tout d’abord, il convient de rappeler que seule la pension légale (par répartition – les actifs d’aujourd’hui cotisent pour les retraités d’aujourd’hui) est sûre. Les pensions du 2ème et du 3ème pilier (par capitalisation), bien qu’elles soient garanties pour la plupart par l’Etat, peuvent ne pas être payées. L’Etat ne disposera pas éternellement des fonds pour renflouer les institutions financières qui auront tout perdu dans les aventures boursières. Il suffit de regarder la perte de valeur de certains fonds de pension au cours de la crise pour se rendre compte que parier la tranquillité de ces vieux jours en Bourse peut s’avérer risqué.
Ensuite, face au chômage de masse qui touche les jeunes (plus d’un jeune de 18 à 25 ans sur trois est sans emploi en Communauté française) leur priorité est de décrocher un emploi de qualité.
Enfin, quand un jeune passe d’un contrat « win-win » à un intérim, puis à un CDD, il lui est difficile de faire des projets. Si les prévisions s’avèrent exactes, la Conférence Nationale pour les Pensions ne revalorisera pas le 1er pilier, cimentera le 2ème pilier et encouragera le 3ème pilier à coups de cadeaux fiscaux. La précarité d’emploi croissante des jeunes doublera les inégalités qui les touchent. En effet, leur contrat précaire n’inclura pas d’assurance-groupe et le peu qu’ils toucheront ne leur permettra pas de se constituer une épargne privée ils passeront du statut de travailleurs précaires à celui de pensionnés crèvent-la-faim. Rappelons que seules les pensions légales sont un droit pour toutes et tous et sont donc égalitaires…
Est-il normal que le gouvernement incite tous les citoyens, jeunes et moins jeunes, à jouer en Bourse ?
Pour élargir le débat à toutes les générations, il nous semble utile de revenir sur certains mythes relatifs aux pensions :
[1] Plus d’infos à ce sujet sur http://www.pensioenconferentie.be/fr/1_1.html
[2] Voir à ce propos le communiqué de presse du Conseil de la Jeunesse du 12 avril 2010 (http://www.conseildelajeunesse.be/IMG/pdf/CP_Delta_Lloyd.pdf).
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