En 2007-2008, les mondes politique et économique répétaient en chœur « plus jamais ça ».
Les Etats devaient intervenir pour sauver l’épargne des gens mais pas à n’importe quel prix, cela ne devait pas être un chèque en blanc. Et en tout cas, tout le monde le déclarait : ce n’était pas aux travailleurs de payer la note.
Que sont devenues les promesses de régulation et de renforcement du rôle de l’Etat, annoncées par les partis de tous bords?
Trois ans après la crise des subprimes, aucune régulation, aucune taxation sur les transactions financières, aucune suppression des paradis fiscaux n’a vu le jour.
Comme si rien ne s’était passé : les bonus des traders explosent et le secteur financier est de plus en plus opaque et de plus en plus dangereux pour l’économie.
La peur de déplaire « aux marchés » l’emporte sur le courage politique. Tour à tour « inquiets », « craintifs », « soulagés », « rassurés », les marchés et la spéculation dictent leur loi, répercutée par les médias. Il faut sortir de cette peur des « marchés ».
La véritable peur du lendemain, elle est dans le monde du travail. Les gens en ont assez d’écouter des discours, ils attendent des actes forts. Quand va-t-on décréter que la spéculation est inutile et parasitaire pour l’économie ?
Cet été, 4 Bourses ont décidé, de leur propre initiative, de bloquer les ventes à découvert. C’est intéressant mais trop local pour être efficace. Ce qui est inquiétant, c’est que le politique aurait dû prendre la main et imposer largement cette mesure, qui ne peut uniquement dépendre du bon vouloir des financiers…
Les spéculateurs mordent la main qui les nourrit en spéculant sur les Etats trop endettés.
La dette publique belge doit retenir toute notre attention. Qui la détient ? Qui sont ses créanciers ? On sait qu’elle n’est plus principalement dans les mains des épargnants belges mais qu’elle est en majorité détenue par des institutions financières, des fonds de pension…
La FGTB wallonne va demander rapidement que soit établi un cadastre détaillé des détenteurs de la dette.
S’il apparaît qu’une part importante est détenue par les responsables de la crise et qu’il y a de ce fait une auto-alimentation de la dette, la question de la légitimité de cette partie de dette devra être posée.
Sinon, nous serons tous les dindons d’une mauvaise farce.
La FGTB wallonne maintient sa revendication d’une banque publique qui se consacre exclusivement aux métiers de dépôt et prêt.
Il est déconcertant de constater à quel point tout le monde économique, politique, médiatique est acquis à la thèse de l’austérité. Des alternatives existent et la gauche, les progressistes en général devraient s’en souvenir.
Les racines de la crise sont, on le répète depuis 3 ans, dans la répartition inégale des richesses. Les uns s’endettent pour consommer le strict minimum alors que les autres ont tellement d’argent qu’ils provoquent la spéculation.
- Pour lever des recettes supplémentaires,
- Pour répartir mieux la richesse,
- Pour réduire les tensions salariales énormes.
- Améliorer la progressivité en augmentant le nombre de tranches d’imposition de revenus (passer de 5 actuellement à 9).
- Rétablir la tranche d’imposition à 55% pour les revenus pour les salaires bruts de 8.000 €/mois (supprimée par D.Reynders). Cela rapporterait 250 à 300 millions €.
- Instaurer une tranche à 65% pour les revenus supérieurs à 14.000 € bruts/mois. Cela rapporterait un gain supplémentaire de 100 à 150 millions€ par an.
Les revenus du travail, les revenus mobiliers, les revenus immobiliers doivent être additionnés pour servir de base au calcul de l’IPP (globalisation des revenus).
C’est quoi être riche ? La notion varie. Nous avons posé la question à un échantillon d’allocataires sociaux. Ils nous répondent « au-delà de 3.000 €/mois, on est très riche » ou alors… « 3 ou 4 fois le salaire minimum ».
En réalité, dans les pays de l’OCDE, la tension salariale atteint un rapport de 1 à 400.
La FGTB wallonne revendique un salaire maximum de 30.000 € bruts/mois, c'est-à-dire 20 fois le salaire minimum interprofessionnel en Belgique (environ 1500 € bruts/mois). Personne ne devrait décemment se plaindre de ce salaire mensuel.
La vraie mauvaise idée de ces derniers temps est qu’on pourrait ne plus indexer les plus hauts revenus.
L’index contribue au maintien du pouvoir d’achat global et surtout, alimente les caisses de la collectivité par les cotisations.
Il faut continuer à indexer tous les revenus du travail sans exception, même les très hauts revenus. Pour réduire la tension salariale trop grande, c’est l’outil fiscal qui doit être activé ! L’index ne doit surtout pas être la variable d’ajustement.
Outils de répartition des richesses par excellence, les services publics sont vecteurs d’emplois et assurent un service de qualité à la population. Il faut démonter cette idée reçue que le privé fait mieux (les exemples le prouvent dans les chemins de fer, le secteur de l’énergie, les banques… etc.)
Il ne faut pas dépecer les services publics mais au contraire penser à rapatrier certaines activités dans leur giron.
Les titres-services sont subsidiés à 66% par l’argent public. De là à en faire un service public à part entière, il n’y a qu’un pas que la FGTB wallonne franchit. Ce serait une gestion plus saine que de gonfler les bénéfices de boîtes d’intérim (des dizaines de millions chaque année) avec l’argent de la collectivité,
La FGTB wallonne ne cessera de revenir sur l’indispensable suppression des intérêts notionnels :
- Ils génèrent un coût insupportable pour l’Etat (5 milliards€ en 2011, avec un effet boule de neige qui continue),
- Ils permettent aux plus grosses sociétés d’éluder l’impôt,
- Ils n’encouragent pas l’investissement réel dans le développement de l’entreprise et ne créent aucun emploi,
- Ils ont fait chuter le taux moyen d’Isoc en Belgique de 33.99% à 16% !
Enfin, la fiscalité est donc bien un outil de répartition, qui doit servir de levier pour atteindre les objectifs budgétaires de 2015. Ce n’est pas un outil de mise en concurrence des travailleurs ou des pays.
Cette nuit, un accord dit « historique » a été conclu par les négociateurs sur BHV. Si les 8 partis autour de la table l’estiment équilibré pour les 2 communautés, tant mieux. Mais nous n’accepterons pas qu’il soit conclu sur le dos des travailleurs.
Maintenant, il faut avancer sur la Loi spéciale de financement, sur le transfert de compétences ainsi que sur le plan socio-économique. Pour nous, c’est le nerf de la guerre.
On peut craindre que l’accord institutionnel global ne soit conclu au prix fort, c’est-à-dire en échange d’un appauvrissement de la Wallonie et d’une dégradation de la protection sociale dans les négociations d’un futur accord gouvernemental sur le plan socio-économique. Au menu, notamment :
Limitation dans le temps des allocations de chômage, diminution des périodes assimilées pour le calcul des pensions, réforme à la baisse du régime des prépensions.
A propos des prépensions, il faut bien comprendre que leur suppression serait une aberration pour l’Etat. Elles coûtent en moyenne 500€/mois de moins à l’Etat qu’un chômeur âgé. Or, un travailleur de plus de 55 ans qui perd son emploi devient chômeur âgé. Les prépensions rapportent des cotisations et octroient un meilleur revenu aux travailleurs.
Par ailleurs, il faut remettre les choses à leur place et relativiser:
- les employeurs n’engagent pas des demandeurs d’emploi qui ont plus de 50 ans.
- la Belgique ne compte que 116.000 prépensionnés de plus de 55 ans, toucher aux prépensions ne règlera en rien le
taux d’emploi de cette tranche d’âge. Tranche d’âge qui par ailleurs, n’a jamais connu un taux d’emploi aussi élevé qu’aujourd’hui en Belgique.
Il est question de régionaliser une partie des politiques liées au marché de l’emploi. Sont visés les aides à l’emploi pour les différents groupes cibles mais aussi les titres- services ! Régionaliser les titres-services représente :
- une brèche dans le caractère fédéral des conventions collectives de travail et de la concertation sociale
- un pas vers la régionalisation de la fiscalité (déduction fiscales liées à l’achat de titres-services).
Des pans entiers des soins de santé seront communautarisés (maisons de repos, maisons de repos et de soin, agrément des hôpitaux). Attention, on se dirige vers un transfert à l’entité 2 de tout ce qui n’est pas un paiement d’allocation.
La suite logique c’est : on ne laisse à la sécurité sociale fédérale que les pensions, le chômage, les allocations de maladie/invalidité (les allocations familiales étant déjà concédées à l’entité 2), le remboursement des soins de santé.
Tendance très dangereuse car l’étape suivante sera fatale à l’Etat fédéral.
Il est tout à fait incompréhensible que les représentants politiques ne consultent pas les interlocuteurs sociaux sur les matières qui les concernent de près.
L’autonomie fiscale passerait de 9,9 millions € à 11,1 millions €, ce qui présente un risque d’appauvrissement supplémentaire pour la région la plus faible économiquement, la Wallonie, puisque dans le même temps, les mécanismes de solidarité sont affaiblis.
Par ailleurs, on permettrait aux régions de modifier la progressivité de l’impôt.
Cela s’ajoute à ce qu’on sait depuis 6 mois, à savoir que les transferts de nouvelles compétences ne seront accompagnés que de 90% du budget nécessaire pour les assumer au fédéral aujourd’hui.
En cause : l’effort budgétaire demandé aux entités fédérées (4.5 milliards d’ici 2015). Rappelons qu’une majorité de partis flamands estiment que la Flandre n’a pas à contribuer à l’effort puisque la Région est à l’équilibre…
A cette enseigne, les travailleurs wallons risquent de payer trois fois la réforme de l’Etat : la protection sociale qui diminue, les transferts de compétences insuffisamment financés et la loi spéciale de financement modifiée.
Les travailleurs sont meurtris par la crise : perte de pouvoir d’achat, dégradation des conditions de travail, angoisse pour l’avenir. De nombreuses manifestations et actions ont déjà eu lieu pour faire passer le message et dénoncer la situation.
Mais ça se dégrade encore. Ils sortent indignés de l’hiver dernier et de l’ « AIP ».
Comment comprendre en effet, qu’on bloque leur salaire à 0% d’augmentation en 2011 et 0.3% en 2012 alors qu’ils entendent que les dividendes distribués ont augmenté de 12% en 2010 !?
Par ailleurs, on sait que le dérapage des salaires belges est une légende. Il n’existe pas par rapport aux pays voisins. Il n’y a un dépassement que par rapport à l’Allemagne parce qu’elle a gelé ses salaires pendant des années.
Comment accepter l’austérité alors qu’on nous dit partout que la Belgique supporte mieux la crise grâce, précisément, à l’absence de mesures d’austérité ?
Le Pacte pour l’Euro + est passé, ce qui servira de justification aux mesures d’austérité. Et ce qui fera dire aussi au gouvernement belge de demain « c’est pas nous, c’est l’Europe ».
Sur le plan des négociations fédérales, en tant que Wallons, les concessions nous paraissent énormes. Surtout quand on sait que le futur accord gouvernemental ne rencontrera pas l’ensemble des exigences flamandes.
Rappelons-nous la déclaration unanime du Parlement flamand en 1999 et la note Octopus. Par comparaison avec ces textes, la visée d’indépendance fiscale de la Flandre n’est pas atteinte.
Dans les années à venir, on risque de remettre le couvert pour un nouveau round de négociations institutionnelles.
Au niveau wallon, heureusement, les interlocuteurs sociaux seront consultés pour préparer le transfert des matières à l’entité fédérée. Nous nous en réjouissons. Mais si nous sommes invités à participer, ce ne doit pas être pour y organiser la récession, l’austérité et l’appauvrissement de la population au niveau de la Région.
Sur le terrain, la marmite est en train de bouillir. Il y a un ras-le-bol ambiant. Palpable.
Imaginons un instant qu’une nouvelle crise des subprimes (baux commerciaux) aux Etats-Unis secoue la planète.
Imaginons, que les prix des matières premières et de l’énergie explosent et que l’hiver soit particulièrement rude,
comme l’an dernier.
Imaginons qu’à cela s’ajoute une relance économique wallonne dans l’impasse.
[1]En 2009, sur les 31 milliards d’OLO émis, seuls 750 millions, soit 2%, ont été destinés à des souscripteurs particuliers. Le reste est dirigé vers des institutions financières et autres organisations.
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