Entretien. 5.000 manifestants ont parcouru les rues de la Louvière le 27 mai dernier. Une manifestation organisée par la FGTB pour le plein emploi par la création d'emplois de qualité ; la suppression du contrôle de la disponibilité des chômeurs ; une sécurité sociale forte et solidaire ; une fiscalité juste, équitable et progressive ; des services publics qui garantissent les droits fondamentaux et la pérennité du bien commun et la suppression des discriminations entre ouvriers et employés. Parmi les délégations d’entreprises présentes, les travailleurs de Duferco étaient venus en nombre battre le pavé. Les 1.500 ouvriers et employés de l’entreprise de sidérurgie étaient en grève depuis le 26 mai (et jusqu’au samedi 29) afin de faire part de leur inquiétude quant à l’avenir de leur entreprise. Entretien avec Robert Leclercq, président de la délégation MWB-FGTB de Duferco.
Pourquoi les travailleurs de Duferco sont-ils venus manifester ?
Parce que nous sommes tous concernés par la situation de l’emploi aujourd’hui. D’ailleurs, le Bureau du Plan vient encore d’annoncer une perte de 77.000 emplois d’ici 2011. Et cela, en plus de ce que les travailleurs ont déjà subi en 2009. Duferco n’est malheureusement pas à l’abri et on a des craintes par rapport à l’emploi.
En effet, nous craignons notamment pour notre filière « produits longs », qui concerne 450 travailleurs parce que le partenaire russe, qui s’était engagé fermement fin 2006, commence, sous couvert de la crise, à laisser transpirer des signes très inquiétants.
On constate d’ailleurs aujourd’hui que Carsid risque d’être abandonnée et ça a l’air d’être la même chose chez nous. Le partenaire russe n’a plus l’air intéressé par notre filière « produits longs » et pour le reste, il n’y a plus aucune vision industrielle.
Ce n’est pas la première fois que l’on est confronté à ce genre d’attitude, que l’on entend ce genre de discours et c’est pour ça que nous manifestons aujourd’hui. Nous somme en grève jusque samedi matin. Comme on l’a dit lors de notre dernière assemblée fédérale : si, comme par le passé, ils maintiennent ce cap, on risque d’avoir un conflit très long.
Que pensez-vous de la crise capitaliste que nous vivons actuellement ?
Je pense que malheureusement, il a fallu du temps pour s’apercevoir qu’aujourd’hui les politiques de droite, et je n’hésite pas à le dire, sont des politiques extrémistes. Il suffit de voir la manière dont on essaie de rendre responsables d’une crise ou d’une fermeture d’entreprise les délégués syndicaux et les organisations syndicales lorsqu’elles se battent.
Les Etats européens sont tous en difficulté… On le voit de plus en plus : au départ, c’était la Grèce et on a dit aux autres : « ne vous inquiétez pas ». Puis c’est devenu le Portugal, l’Italie, l’Espagne… Ce sera bientôt au tour de la France et de l’Allemagne et puis on suivra sans doute en Belgique. Et sous couvert de la crise, les pouvoirs politiques vont mener des plans d’austérité que les travailleurs vont devoir payer et ça, c’est tout à fait inacceptable !
Comment voyez-vous l’avenir, notamment après les élections du 13 juin ?
Je suis relativement positif dans la mesure où nous espérons que la droite, en tout cas en Belgique pour commencer, va se ramasser une dégelée. On espère que la gauche, qui nous semble de plus en plus consciente de la gravité de la situation et qui s’engage d’ailleurs à dire que ce n’est pas aux travailleurs, ni à la classe ouvrière de payer, maintienne ses engagements après les élections. Car je vois la Gauche gagner !
Tout cela n’empêchera pas les employeurs d’essayer de continuer leur stratégie, de demander de plus en plus de flexibilité, de demander de l’argent public pour profiter de toute une série de systèmes qui, en fin de compte, ne bénéficient pas à l’emploi.
On risque encore d’avoir, dans toutes les régions, des attaques contre l’emploi. Il appartiendra aux organisations syndicales d’être vigilantes. Et au-delà de la vigilance de réagir et de mener les combats qu’il faut !
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