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"C'est maintenant qu'il faut se battre pour vivre mieux"

Le 11 juin dernier, une centaine de militants de la FGTB wallonne se sont réunis devant les grilles de la RTBF. Deux jours avant les élections fédérales, ils sont venus rappeler aux présidents de partis, invités pour un dernier débat en direct, que la chasse aux chômeurs ne sera jamais la solution au chômage. Nicolas, 22 ans, participe à la mobilisation. Il nous fait part de son expérience en tant que sans emploi

Vendredi, 18 juin, 2010 - 09:49

Appareil photo à la main, Nicolas, 22 ans, sans emploi, prend quelques clichés de l’action syndicale qui se déroule ce 11 juin devant les grilles de la RTBF. A deux jours du scrutin fédéral, une centaine de militants FGTB sont venus rappeler aux Présidents de partis (invités à débattre sur un plateau de la chaîne publique une dernière fois avant le jour J) que la chasse aux chômeurs ne sera jamais la solution au chômage. Nicolas en est convaincu. Son rêve, c’est d’être photographe indépendant. Mais en attendant d’avoir économisé assez d’argent, il cumule les petits boulots et les plans activa qui intéressent les patrons pendant une période. Une période seulement. « Je suis ici pour laisser une trace de l’action d’aujourd’hui en prenant des photos mais aussi pour essayer de changer l’image négative qui colle aux chômeurs. Image que j’avais aussi avant d’être moi-même concerné. Ce qui m’est arrivé est un peu con…J’étais convoqué à l’Onem pour la vérification de mon contrat de recherche d’emploi. Je me suis trompé d’un jour. Je suis donc arrivé le lendemain au rendez-vous. Je me suis excusé en demandant de quand même pouvoir fournir mes preuves immédiatement ou dès qu’ils le souhaitaient. Ils n’ont rien voulu entendre ! Y’a eu aucune possibilité d’explication et j’ai été sanctionné. Heureusement qu’il y avait le CPAS où je me suis senti plus écouté mais l’absence de  dialogue avec l’Onem, c’est pas possible».

Aujourd’hui, Nicolas est à nouveau sans travail et attend que son dernier employeur en date daigne lui fournir son C4, afin de pouvoir toucher ses allocations de chômage. Du travail, il en veut et il en cherche mais dans une région où il y a un emploi convenable pour 25 demandeurs d’emploi, les chances d’aboutir sont rares et les motifs de découragements nombreux…a fortiori quand on n’a pas de diplôme. « Je ne suis pas difficile. Je suis bien conscient que sans diplôme, je ne peux pas être exigent. Mais malgré cela, c’est très dur. Je postule dans la restauration, dans des Quick ou des Mac do, comme serveur dans des banquets… mais les employeurs demandent soit de l’expérience, soit une voiture. Neuf fois sur dix, le permis de conduire ne suffit pas, il faut avoir le véhicule. Mais évidemment, je n’ai pas les moyens d’en acheter un. En plus, je suis certain que le co-voiturage serait possible dans beaucoup de cas ».

S’il avait pu adresser personnellement quelques mots à un des Présidents de Parti, il aurait abordé deux problèmes auxquels il a été confronté. «Je leur demanderais de faire plus de choses en faveur des artistes car c’est un peu la débrouille et le hasard qui fait que je peux parfois être rémunéré légalement pour ce que je fais en tant que photographe autodidacte ». Mais surtout, Nicolas est certain que des choix extérieurs ont joué contre lui beaucoup trop tôt et qu’un enseignement de meilleure qualité aurait pu lui éviter le chômage aujourd’hui. « En deuxième secondaire, on a considéré que je ne savais rien faire ! On s’est dit : il est grand, il est fort, on va le diriger vers la mécanique. Grave erreur, moi j’aime la photo… ce type d’orientation fait des dégâts. Si les élèves étaient mieux dirigés, je suis persuadé que beaucoup de gens trouveraient plus facilement un boulot ».

Quant à l’utilité de se mobiliser aujourd’hui pour interpeller les représentants politiques, il est obligé de se montrer perplexe : « si les Présidents de partis nous évitent, ça va être compliqué d’avancer ». En effet, sur les quatre personnalités que nous étions censés croiser, seul le Président d’Ecolo a joué le jeu en passant par l’entrée principale en acceptant de nous répondre avant de rejoindre les studios. Les autres ont préféré nier notre présence en entrant expressément par l’arrière du bâtiment. Cette fois, les militants ont donc replié banderoles et calicots en restant sur leur faim mais Nicolas est convaincu que le travail d’un contre-pouvoir se construit au quotidien. S’il avait un message à adresser aux jeunes chômeurs, il leur dirait que « la dernière grande bataille à mener, c’était pas Mai 68. C’est maintenant qu’il faut se battre pour vivre mieux ».