Du 6 au 8 septembre, les ministres européens des Pensions se sont réunis à Liège pour une conférence sur l’avenir de la sécurité sociale et des pensions. Quelques jours plus tard, près de 4.000 pensionnés et prépensionnés (mais aussi des travailleurs actifs) se sont rassemblés, en front commun syndical, dans le quartier européen. Il faut relever le montant de la pension minimum et lier les allocations sociales au bien-être. Malgré les menaces brandies par certains représentants politiques, les pensions d’aujourd’hui, mais aussi celles de demain, sont payables ! Entretien avec Gilbert Lonnoy, Président de la Commission des pensionnés et prépensionnés de la FGTB wallonne.
Etre pensionné en Belgique en 2010, qu’est ce que ça signifie ?
Etre pensionné en Belgique en 2010, c’est tirer le diable par la queue du 1er janvier au 31 décembre ! Chez nous, un pensionné sur 5 vit sous le seuil de pauvreté. Les pensions en Belgique sont parmi les plus basses d’Europe.
Il est grand temps de revoir la politique en la matière ! Car vivre avec moins de 1.000 euros par mois, c’est vraiment trop peu… C’est presque indécent ! Il y a le loyer à payer, des soins à couvrir, d’éventuels frais d’hospitalisation… Beaucoup de pensionnés se privent de soins de santé pour pouvoir assurer les frais du quotidien, pour pouvoir manger.
Face à une telle situation, quelles sont vos revendications ?
Notre principale revendication est de relever la pension minimum à 1.150 euros net par mois. En tant que commission des pensionnés et prépensionnés de la FGTB wallonne, nous allons même plus loin. Nous considérons qu’il faudrait au moins que le salaire mensuel minimum garanti atteigne 1.500 ou 1.600 euros par mois et que la pension minimum lui corresponde.
Nous voulons aussi la liaison des allocations sociales au bien-être, qui ne reflète plus la réalité depuis longtemps. Résultat : les anciennes pensions sont très basses. Certaines ne représentent que 32% du salaire moyen. Il y a un rattrapage énorme à faire tout en ne négligeant pas les nouvelles pensions.
Pour porter nos revendications, nous demandons l’appui de tous : les pensionnés mais aussi les travailleurs car ils sont directement concernés par nos revendications même si tous ne s’en rendent pas compte aujourd’hui. Les travailleurs actifs revendiquent un salaire décent mais il faut lier cela avec une pension qui soit plus élevée que 30% à 60% du salaire. Sinon, on ne peut pas continuer à vivre décemment.
Certains affirment qu’on sera obligé de travailler plus longtemps…
Aujourd’hui, il faut travailler 45 ans pour avoir une pension complète. C’est faux de prétendre qu’il faut allonger la carrière. L’idée selon laquelle il faut réfléchir à la manière dont on pourra payer les pensions demain se répand de plus en plus.
Les prévisions montrent que le PIB belge, c’est-à-dire les richesses produites dans le pays, aura doublé d’ici 40 ans.
C’est une simple question arithmétique : actuellement, le PIB représente 300 milliards d’euros. Les pensions coûtent 6% du PIB, c’est-à-dire 18 milliards d’euros. Il reste donc 282 milliards d’euros de richesses.
Dans 40 ans, le PIB aura doublé et sera de 600 milliards d’euros. Le pourcentage dédié aux pensions devrait passer de 6% à 15%, étant donné le vieillissement de la population. Les pensions coûteront alors 90 milliards d’euros et il restera 510 milliards de richesses au pays. Il y aura de quoi payer les pensions pendant encore longtemps !
Pour nous, il est clair que les pensions sont payables. On peut aussi aller chercher de l’argent en luttant contre la fraude fiscale ou en taxant le capital.
Y aura-t-il une suite à cette action ?
Il y a quelques mois, une assemblée générale de pensionnés et prépensionnés de la FGTB wallonne a réuni 700 participants. C’était inespéré !
Nos revendications ont ensuite été portées par le Congrès de la FGTB wallonne. Tout cela a mené à l’action d’aujourd’hui qui a quand même réuni près de 4.000 personnes ! C’est un beau succès même si c’est encore insuffisant.
En tant que pensionnés de la FGTB wallonne, nous voulons faire aboutir nos revendications. Nous ne changerons pas d’un iota et nous continuerons à taper sur le clou !
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