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Chasse aux chômeurs : le gouvernement fait les poubelles

L’acharnement dont fait preuve ce gouvernement envers les sans emploi est édifiant. Ils ne paieront jamais assez cher leur allocation. Il faudrait surprendre au saut du lit les chômeurs – décidément traités comme des éternels suspects, des citoyens de seconde zone. Une deuxième brosse à dents dans la salle-de-bains ? Un peignoir surnuméraire qui traîne ? Le deuxième oreiller est-il froissé ? Cherchez encore… Ils sont forcément en train de frauder, puisqu’ils sont au chômage.

La FGTB s’est battue pour supprimer les intrusions domiciliaires que les contrôleurs de l’Onem menaient sans y être habilités. Elle a, grâce aux mobilisations menées avec les citoyens, les associations, obtenu gain de cause en 2000 et réussi à abolir une pratique humiliante… jusqu’à ce sinistre retour en arrière. Traquer les pauvres chez eux, par surprise : quel beau geste politique.

Parmi les personnes ciblées se trouvent les plus fragilisés, ceux qui n’auront pas la force de  s’opposer à la visite quand on frappera à leur porte. Ceux qui ne savent pas qu’ils peuvent s’y opposer. Ceux qui verront leur vie privée bafouée alors qu’ils n’ont rien à se reprocher.

Pour vérifier la situation familiale des chômeurs, l’ONEM fonctionne actuellement sur base de convocations et d’entretiens avec les personnes concernées. Un système qui fait ses preuves puisque, chaque année, des cas de fausses déclarations ou d’erreurs sont mis à jour et sanctionnés. La mesure du gouvernement Michel n’a donc d’autre but que la stigmatisation des demandeurs d’emploi !

L’évasion fiscale révélée par l’affaire Swissleaks a fait perdre 6 milliards d’euros aux finances publiques. Cette « optimisation fiscale » était, elle, parfaitement légale. Les sommes dont il est question sont infiniment supérieures à celles qui pourraient être récupérées par les intrusions chez les chômeurs, sans priver quiconque de son repas ou de son toit. Mais quand le pot aux roses fut découvert, le gouvernement s’est tu dans toutes les langues.

En Belgique, on peut soustraire 6 milliards d’euros à l’impôt sans enfreindre la loi. Mais la législation pénalise les chômeurs qui cohabitent. Contre toute logique, les allocations sont calculées en fonction de la situation familiale au lieu d’être calculées sur la situation professionnelle individuelle des travailleurs. Si chacun cotisait en fonction de sa propre carrière, le mariage, le concubinage ou la cohabitation n’aurait pas d’influence sur le montant de l’allocation. Une femme dont le mari est prépensionné pourrait accepter un emploi sans que le revenu de son conjoint soit diminué. Un homme victime d’une restructuration ne verrait pas son allocation de chômage divisée par deux parce que sa femme travaille.

La FGTB wallonne ne cautionne pas la fraude. Mais elle revendique l’individualisation des droits sociaux : une mesure qui permettrait à chacun de bénéficier d’un accès égal aux prestations de Sécurité sociale, indépendamment de sa situation de ménage. L’individualisation des droits supprimerait de facto le problème des chômeurs cohabitants, puisque personne ne se verrait obligé de tricher pour bénéficier de ses droits.

Le gouvernement Michel, lui, choisit d’aller fouiller dans les poubelles des chômeurs. Demain, peut-être encouragera-t-il les citoyens à dénoncer leurs voisins, qu’ils soient chômeurs… ou non.