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Le fond de l’air est rouge, vert, jaune… et jeune !

Aujourd’hui, dans tous les secteurs, les travailleuses et travailleurs se mobilisent pour une augmentation des salaires, pensions et allocations sociales, la justice fiscale, le renforcement des services publics, l’amélioration des fins de carrière, des emplois de qualité et une meilleure conciliation entre vies privée et vie professionnelle.

L’occasion, pour Thierry Bodson, de revenir sur les mouvements citoyens et syndicaux de ces derniers mois, de pointer les raisons de la colère et de mettre en avant les moyens à portée de main pour changer la vie, concrètement, maintenant.

 

Une carte blanche publiée dans Le Soir de ce mercredi 13 février 2019.

 

La triple élection du mois de mai (régionale, fédérale et européenne) intervient à une époque inquiétante de replis identitaires, observés partout en Europe et dans le monde. Mais aussi à un moment particulièrement intéressant sur le plan des mouvements sociaux.
Certains naissent, d’autres s’amplifient, d’autres encore se radicalisent. De plus en plus de citoyens et citoyennes se politisent et s’engagent, à mesure qu’ils dénoncent la classe politique, sa déconnexion d’avec leurs préoccupations, sa coupable apathie face aux urgences sociales, climatiques, démocratiques.

L’émergence des gilets jaunes, celle des gilets verts et la mobilisation soudaine et spectaculaire des jeunes en Belgique ont bousculé l’agenda politique et médiatique en quelques semaines.

Cette ébullition survient alors que depuis quatre ans, les centaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées, notamment à l’initiative des syndicats, contre les régressions sociales imposées par le gouvernement Michel, n’ont suscité que son mépris.
Pas étonnant, dès lors, qu’une partie de ces citoyens ignorés, appauvris, se tourne vers des actions plus directes, sans intermédiaire ni porte-parole, pour exiger une vie meilleure et… une démocratie directe. Il serait irresponsable de ne pas prendre très au sérieux les raisons qui les poussent à la réclamer, slogans dans le dos, infatigablement, depuis 13 semaines.

Nous aurions tort de croire que tout va redevenir comme avant. Les changements qui s’opèrent touchent à la démocratie représentative et aux institutions - dont les organisations syndicales - de la société belge telles qu’on les connaît depuis la seconde guerre mondiale.
Ces « piliers » donnent aujourd’hui l’impression de fonctionner sans plus porter leurs fruits : ceux de la redistribution des richesses. Ce n’est pas tant payer ses impôts qui devient insupportable pour certains, c’est de ne plus en percevoir les effets retour.

Les décennies passent, mais c’est encore et toujours le rapport capital/travail qui fracture la société.
Aujourd’hui, un CEO du BEL 20 gagne en 8 jours le salaire annuel médian belge. Malgré ce constat sidérant, la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) refuse d’envisager des augmentations salariales au-delà de 0,8%, soit 9,50€ net/mois pour le salaire minimum interprofessionnel. 
A ce rythme, les patrons des patrons maintiendront sûrement la compétitivité de l’économie mais en ayant engendré un monde de l’affrontement, de plus en plus violent, entre celles et ceux qui ont tout et celles et ceux à qui l’on prend le peu qu’il reste. Ce n’est pas la société que les interlocuteurs sociaux sont censés construire.

Il est urgent de retrouver l’esprit qui a guidé le projet de pacte social de 1944.  La transition écologique contient les éléments d’un nouveau pacte, d’un projet enthousiasmant qui inclut toutes les classes sociales. Urgence sociale et urgence climatique devraient constituer les bases d’un New Deal, qui mérite mieux que des opérations de communication dilatoires.

Le tournant est historique. Notre responsabilité aussi. Les syndicats savent qu’ils n’ont plus le monopole de la mobilisation de masse, ils doivent tisser des liens étroits avec celles et ceux qui partagent leur combat pour la solidarité et la justice. Les complémentarités sont évidentes.

Les luttes convergent vers les élections de mai. Une grève nationale en front commun syndical bloquera l’économie du pays ce 13 février. L’idée d’une grève des femmes le 8 mars pour dénoncer les discriminations de genre fait son chemin. Une grève internationale pour le climat est annoncée le 15 mars. Une manifestation nationale et citoyenne est programmée le 12 mai à l’initiative de la plateforme TAM TAM. Les élèves du secondaire et les étudiants renforcent leur mobilisation.

Tous ces mouvements portent des propositions ambitieuses et concrètes. Entre les gilets rouges, les gilets jaunes et les gilets verts, il n’y a pas de cloison étanche. Le ras-le-bol partagé d’un système  est en train de s’exprimer de façons différentes. Ne laissons aucune place à l’extrême droite qui fait son lit des peurs et de la misère sociale, ni aux discours qui voudraient nous diviser pour mieux continuer à régner. Forçons, grâce aux réponses globales et radicales que nous portons, l’alternative.

 

Thierry Bodson, Secrétaire Général de la FGTB wallonne.