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Redressement de la Wallonie : oser le changement de cap !

Dans une carte blanche publié sur LeSoir.be, Jean-François Tamellini est revenu sur les alternatives de la FGTB wallonne pour le redressement de la Wallonie.

La Wallonie n’a pas été épargnée par la crise sanitaire. Elle ne l’est pas non plus par la crise socioéconomique qui en découle.

Ses effets se font déjà sentir alors que le virus fait encore partie de notre quotidien.

Dans un contexte alternant confinements et mesures restrictives depuis bientôt un an, nous sommes convaincus de l’urgence de mesures de soutien pour permettre aux PME, TPE et petits indépendants wallons de garder la tête hors de l’eau.

Rappelons au passage que ces aides n’auraient pu être octroyées sans les mécanismes de solidarité que constituent la fiscalité et la sécurité sociale, si souvent décriées et attaquées par les milieux patronaux…

Mais, au-delà des mesures de soutien indispensables pour gérer l’urgence, l’heure est au redressement. Pour la FGTB wallonne, il ne peut y avoir de véritable relance pour la Région si les vieilles recettes, particulièrement indigestes, sont une nouvelle fois réchauffées…

Indigestes quand des primes, des exonérations fiscales ou le recours facilité au chômage temporaire ont profité, comme le souligne la BNB, à des entreprises qui n’en avaient pas besoin, voire à certaines devenues rentables en 2020 alors qu’elles étaient dans le rouge avant la crise Covid.

Indigestes quand des primes sont octroyées – avec effet rétroactif ! – à des entreprises ayant développé des activités en lien avec le Coronavirus, et généré parfois d’importants profits.

Indigestes quand des cadeaux fiscaux bénéficient à des entreprises qui enrichissent leurs actionnaires d’un côté tout en licenciant massivement de l’autre. L’exemple de la multinationale FedEx est, à cet égard, plus qu’éloquent et laisse un goût amer…

Indigestes quand, malgré des beaux discours, les travailleuses et travailleurs « essentiels » n’ont toujours rien vu venir quant à une revalorisation réelle de leurs salaires et à une amélioration de leurs conditions de travail.

La relance au service du social et de l’environnemental

Pourquoi ne pas saisir l’occasion de faire de cette crise une opportunité en mettant la relance de l’économie wallonne, et donc les moyens publics, au service du social et de l’environnemental ?

Il est en effet temps d’œuvrer au développement de l’activité en Wallonie, en tirant notamment les enseignements de notre dépendance aux multinationales étrangères, mise en évidence avec la crise.

Des pistes existent. Les aides à l’expansion économique doivent inciter au maintien du volume d’emploi et de l’activité de production sur le territoire wallon. La Région doit également tout mettre en œuvre pour informer et accompagner les entreprises wallonnes afin qu’elles accèdent aux marchés publics. Enfin, à l’instar d’autres pays, si une entreprise ou un secteur est reconnu comme stratégique, les autorités wallonnes doivent, en cas de cession - en tout ou partie - d’une entreprise, pouvoir imposer des conditions de volume d’activité, d’emploi et de recherche sur le territoire de la Région.

Changer de cap

Un changement de cap pour redresser la Wallonie passe inévitablement par un plan de relance ambitieux. Il s’agit de tourner définitivement le dos aux saupoudrages ainsi qu’aux effets d’aubaine et de miser sur la convergence des différentes initiatives.

Plan de relance européen, plan de transition de la Déclaration de Politique Régionale, Get up Wallonia mais aussi fonds structurels… Ce sont près de 4 milliards € qui peuvent être mobilisés pour un redressement de la Wallonie à la hauteur de ses ambitions.

Pour cela, des initiatives se mettent sur pied et doivent nous inciter à l’optimisme.

La Ministre Morreale a, par exemple, récemment entamé un travail de prise en compte, dans les axes de Get Up Wallonia, des priorités des interlocuteurs sociaux pour les matières qui relèvent de sa compétence (emploi, social et santé). Une démarche de concertation sociale qui constitue indéniablement un pas dans la bonne direction…

Plusieurs pistes dévoilées par le Gouvernement wallon dans le cadre du plan de relance européen semblent également aller dans le sens des axes développés par le CESEW (Conseil économique, social et environnemental de Wallonie). De la réindustrialisation à la transition énergétique – avec, par exemple, une filière wallonne « propre » de l’hydrogène – en passant par la rénovation des bâtiments, les choses avancent.

Notons enfin que Conseil stratégique et CESEW se rencontreront prochainement pour examiner comment définir les priorités pour le redressement wallon… en partant des réalités de terrain. Un rendez-vous décisif à ne pas manquer.

Sortir du carcan budgétaire européen

Mais l’atout majeur d’une relance socioéconomique durable et efficace, c’est son financement. Les recettes de l’austérité, et les réformes structurelles qui en découlent, ont montré leur inefficacité. Pire, elles accentuent les écarts entre plus riches et plus pauvres et n’empêchent pas les crises de se succéder.

La pandémie a particulièrement malmené les travailleuses et travailleurs : chômeurs temporaires aux revenus rabotés, intérimaires liquidés, étudiants plongés dans la précarité, artistes à l’agonie, sans-papiers doublement invisibilisés… Ce n’est plus aux plus faibles de payer l’addition. Elles et ils doivent, au contraire, être soutenus avec des moyens conséquents.

La Wallonie peut aujourd’hui montrer l’exemple en faisant contribuer celles et ceux qui ont les épaules les plus larges. En agissant notamment au niveau de sa dette publique (750 millions € peuvent être récupérés sur 3 ans) mais aussi en utilisant les additionnels différenciés à l’IPP, ou en développant des formules innovantes permettant de solliciter de manière équitable l’épargne privée afin qu’elle soit valorisée dans la Région.

Enfin, il est indispensable que les investissements publics, qui servent à une transition écologique socialement juste, sortent du carcan budgétaire imposé par la Commission européenne. Même l’Allemagne d’Angela Merkel réfléchit à modifier sa Constitution pour assouplir les règles des traités budgétaires. C’est donc au niveau de la Commission européenne que la véritable réforme structurelle doit se faire… Un changement de cap indispensable pour l’avenir mais qui n’enlève rien à l’urgence d’agir ici et maintenant !