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Chômage : FGTB wallonne et CSC dénoncent la désinformation patronale

Philippe Godfroid, président de l’Union des Classes moyennes a récemment publié un éditorial édifiant sur la chasse aux chômeurs. Outre son ton méprisant à l’égard des demandeurs d’emploi, cet article se caractérisait par ses nombreuses inexactitudes et approximations. Thierry Bodson et Marc Becker (FGTB wallonne et CSC) ont invité Philippe Godfroid à réviser ses dossiers.

 

 

Monsieur le Président,

Il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Nous n’allons donc pas chercher à vous convaincre que les chômeurs de ce pays aspirent à trouver un emploi stable et ne nourrissent pas la formidable ambition de mener une carrière complète.

Si nous réagissons à votre édito, paru dans Union et Action du 21 mars 2014, c’est parce que, au-delà des termes dédaigneux que vous employez à l’égard des personnes sans emploi, il contient des erreurs factuelles importantes et des confusions sur la législation chômage en cours.

  • La limitation dans le temps des allocations d’insertion ne concerne pas que des personnes jeunes n’ayant « pas ou peu travaillé ». Des personnes ayant travaillé des années à temps partiel ou ayant cumulé les missions d’intérim ou les contrats temporaires seront également sanctionnées par cette mesure. Il faut avoir travaillé sous contrat pendant 312 jours à temps plein sur une période de 21 mois pour passer de l’allocation d’insertion à l’allocation de chômage. Beaucoup de travailleurs - et surtout de travailleuses - à temps partiel n’y parviennent pas. Nous soulignons que le temps partiel est particulièrement fréquent auprès des employeurs que vous représentez.
  • «Les personnes qui perdent leur emploi peuvent garder leurs indemnités sans limitation dans le temps ». Vous oubliez que la dégressivité des allocations de chômage des personnes indemnisées sur base d’un emploi salarié a instauré dans les faits une réelle fin de droits. Après une période de 14 mois à 4 ans, selon les cas, ces travailleurs sans emploi se retrouvent indemnisés sur base d’une allocation forfaitaire à peine supérieure au revenu d’intégration sociale (CPAS).
  • Les allocations d’insertion sont bien une « particularité belge ». Mais nous en avons une autre : les règles d’admissibilité aux allocations de chômage complet sont parmi les plus restrictives d’Europe.
  • Il existe en Wallonie 20.000 fonctions critiques pour… 250.000 demandeurs d’emploi ! La FGTB et la CSC proposent, depuis des années, une solution pour tenter de remédier à ce problème : l’employeur confronté à une fonction citrique devrait simplement faire savoir au Forem la raison pour laquelle le poste qu’il propose reste vacant. Cette proposition a bizarrement toujours été rejetée par le banc patronal, UCM en tête.                                                                                                 
  • « Il est légitime de demander à chacun de faire des efforts ». Les demandeurs d’emploi  sont soumis à des contrôles (dit de disponibilité) systématiques et de plus en plus sévères. Celles et ceux qui attestent, preuves à l’appui, de leur recherche d’emploi ne sont pas immunisées contre l’exclusion. Seul le sablier des 3 ans compte… ce qui montre l’aberration du système.
  • « Le jeune qui, après trois ans, est toujours à la case départ (…) nécessite une autre prise en charge du Forem ou d’Actiris ». Pouvez-vous préciser votre pensée ?
  • L’Onem n’a jamais observé la « modification positive de comportement induite par le délai de trois ans » à la quelle vous faites allusion. Et ce délai de trois ans n’explique en rien la différence entre nos estimations et les siennes.
  • L’Onem a évalué à 27.000 le nombre d’exclusions mais ne conteste aucunement le sérieux de nos chiffres. L’office fait simplement le pari - que nous estimons risqué en période de croissance molle - que 23.000 jeunes trouveront un emploi en Belgique ou à l’étranger. Nous serions heureux mais surpris de nous être trompés.
  • Les syndicats ne seraient motivés que par la peur de perdre les frais d’administration qu’ils reçoivent de l’Onem pour les dossiers de leurs affiliés. C’est peu connaître nos valeurs et nos engagements mais, là encore, nous supposons qu’il est inutile d’argumenter. Sachez cependant que les syndicats coûtent deux fois moins cher à l’Etat que la CAPAC.

Compte tenu de ce qui précède, nous pensons que votre lectorat a été mal informé.

La véritable iniquité ne se situe pas entre le bon chômeur qui mérite d’être indemnisé et le mauvais chômeur, d’après vous « moins courageux ». Elle réside principalement dans la disproportion entre le peu d’emplois créés et le renforcement du contrôle et de la sanction des sans emploi. Nous demandons simplement un emploi convenable pour tous et le maintien d’un système de solidarité en cas de coup dur. La politique du bâton sans la carotte, ca ne peut pas fonctionner.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en nos salutations les plus sincères.

Thierry Bodson, Marc Becker,

Secrétaire général Secrétaire national

 

FGTB wallonne

 

 

 

P.S. Les liens financiers entre le secrétariat social de l’UCM et les autres activités organisées ou chapeautées par l’UCM mériteraient un audit et un contrôle aussi précis et serré que celui qui prévaut pour les organismes de paiement des allocations de chômage.

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