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La pauvreté n'est pas une fatalité

La crise sanitaire de la covid-19 a agi à la fois comme un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales.

Chômage temporaire massif, taux d’indemnisation trop bas, licenciements, contrats précaires non renouvelés… La crise a fait - et continue de faire - des ravages.

Les témoignages des travailleuses et travailleurs, des sans emploi, les retours des banques alimentaires et associations de terrain, les statistiques des CPAS ou de l’ONEM, les indicateurs de pauvreté ou encore les chiffres du sans abrisme… l’ensemble des voyants sont au rouge ! La situation sociale, déjà dramatique avant la crise, n’a fait qu’empirer.

Pour y remédier, une seule solution : combattre le mal à la racine.

Un état des lieux catastrophique

Le constat est sans appel : la précarité a tout simplement explosé au cours des dix dernières années. Un simple coup d’œil sur les statistiques des Centres publiques d’action sociale (CPAS) suffit à donner le vertige. Depuis 2009, le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS) a tout simplement explosé, augmentant de 67 %. La hausse est même encore plus marquée en Wallonie, où le nombre de bénéficiaires du RIS n’est pas loin d’avoir doublé.

 

Wallonie

Flandre

Bruxelles

Belgique

2009

40.916

24.943

25.351

91.211

2020

72.686

38.278

41.323

152.287

 

+ 78%

+ 53%

+ 63%

+ 67%

Le risque de pauvreté ou d'exclusion sociale est lui aussi alarmant puisqu’il concerne près d’une personne sur 5 en Belgique. Mais cet indicateur cache de grandes disparités entre les différentes Régions du pays. En effet, si en Wallonie, c’est un ménage sur 4 qui est dans cette situation, c’est près de 40 % des ménages à Bruxelles !

Une situation qui ne doit rien au hasard

Cette explosion de la précarité n’est pas le fruit du hasard ou la faute à pas de chance. Et elle n’est pas seulement due à la crise de la covid-19. Elle est avant tout le résultat de politiques délibérées, mises en place ces dernières années, qui ont visé un affaiblissement de la sécurité sociale (assurance maladie – invalidité, allocations de chômage, fins de carrière…), la stagnation des salaires et une précarisation accrue du marché de l’emploi. Plutôt que d’oser s’attaquer directement aux causes de la pauvreté, de nombreux responsables politiques ont en effet tout simplement préféré s’en prendre aux… pauvres eux-mêmes.

La combinaison de ces différentes politiques a entraîné une augmentation des exclusions et refus d’indemnisation du chômage, une diminution des revenus disponibles d’un nombre croissant de travailleuses et travailleurs ainsi qu’une explosion des temps partiels, intérims et autres contrats précaires… Des emplois mal considérés et mal payés qui ont aussi de lourdes conséquences en matière d’accès aux droits et à la Sécurité sociale (pensions, indemnités de maladie, allocations de chômage temporaire ou complet…).

Ce phénomène touche particulièrement les jeunes qui, depuis la mise en place de la limitation dans le temps des allocations d’insertion et des restrictions d’accès à ce système, sont des dizaines de milliers à s’être retrouvés sans ressources, contraints de faire appel au CPAS, à la solidarité familiale ou d’accepter le premier emploi précaire venu. Ici aussi, un seul exemple chiffré permet de se faire une idée de l’ampleur du désastre : la Belgique comptait 105.663 allocataires d’insertion en 2011. En 2020, ils n’étaient plus que 30.024 !

Les femmes, encore plus exposées

On ne le répètera jamais assez : l’égalité de genre est encore loin d’être une réalité en Belgique. Outre les inégalités salariales, les femmes sont également victimes de discriminations structurelles sur le marché de l’emploi : surreprésentation dans les emplois à temps partiel et précaires ainsi que dans des fonctions essentielles mais peu valorisées socialement et financièrement, plafond de verre, plancher collant, répartition inéquitable des tâches familiales et ménagères, inégalités structurelles en termes de droits à la Sécurité sociale…

Il ressort de cette situation une plus grande vulnérabilité sociale et économique des femmes. Un exemple ? 54 % des bénéficiaires du revenu d’intégration sociale sont des femmes. Même constat quand on se penche sur les indicateurs : le risque de pauvreté et d’exclusion sociale concerne 20 % des femmes contre 18,9 % des hommes. La lutte pour une réelle égalité de genre est donc plus que jamais d’actualité et nécessite une prise en compte transversale dans l’ensemble des politiques.

 

Proportion de femmes dans la population

Proportion de femmes parmi les bénéficiaires du RIS

Bruxelles

51 %

55 %

Flandre

50,5 %

51,5 %

Wallonie

51 %

54 %

Belgique

50,7 %

54 %

Contre la pauvreté : la solidarité

La situation est gravissime. Elle impose un changement de cap radical. Tourner définitivement le dos aux politiques stigmatisant et ciblant les travailleuses et travailleurs, les classes populaires, les plus faibles : malades, sans emploi, personnes sans papiers, précaires… S’attaquer aux pauvres n’a jamais fait reculer la pauvreté. Bien au contraire, cela n’a fait qu’accroître l’exclusion et progresser l’extrême droite.

Le fléau de la pauvreté ne pourra jamais non plus être vaincu par la charité. Si altruistes et utiles ponctuellement que puissent être les opérations caritatives et autres appels aux dons, il n’existe qu’un seul remède durable et réellement efficace contre la pauvreté : la redistribution des richesses.

Une redistribution des richesses qui passe par la revalorisation des salaires bruts, la réduction collective du temps de travail, une protection sociale solide, une sécurité sociale et des services publics forts, un système fiscal plus juste et équitable. Autant de mesures concrètes pour lesquelles nous continuerons de nous battre et nous faire entendre dans les mois et années à venir.