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Réforme fiscale wallonne : un manque d’ambition criant

Le Parlement wallon a entamé ce lundi les débats autour du projet de réforme fiscale.

Si l’on ne peut que se réjouir de la volonté du gouvernement de tendre vers un impôt plus juste, le texte proposé manque pourtant cruellement d’ambition.

Manque d’ambition au niveau des matières fiscales, tout d’abord. La réforme se limite en effet à la fiscalité automobile, aux droits de succession et d’enregistrement ainsi qu’à la procédure fiscale. Les leviers de la Région sont pourtant importants et auraient mérité d’être réformés en vue d’une plus grande justice fiscale : impôt des personnes physiques, fiscalité immobilière, taxes de circulation et de mise en circulation des véhicules privés… Aujourd’hui encore, ces impôts reposent trop souvent sur les travailleuses et travailleurs, tandis que les détenteurs de capitaux ont accès à des mécanismes leur permettant d’éviter de contribuer à l’effort commun.

Manque d’ambition, ensuite, au regard du défi(cit) actuel de la Wallonie. Les réformes proposées ne devraient en effet rapporter que 15 millions €, ce qui est insignifiant au regard des 12 milliards € de déficits cumulés sur la période 2020-2022 et des menaces qui pèsent sur les services publics.

Manque d’ambition, enfin et surtout, pour combattre les injustices sociales vécues par les classes populaires pour qui l’outil fiscal pourrait amener plus d’équité. Seule une réforme globale et radicale permettrait d’atteindre une véritable justice fiscale, de contrer les politiques d’austérité et de disposer de moyens suffisants pour financer des services publics de qualité, de nouvelles politiques sociales et un véritable plan de relance en Wallonie. Des recettes fédérales simples pourraient, en outre, renforcer les mesures régionales : globalisation des revenus, intensification de la lutte contre la fraude fiscale, taxation des plus-values boursières, meilleure taxation des dividendes…

Parallèlement, le gouvernement wallon devrait imposer à ses créanciers une neutralisation des intérêts de la dette pendant une ou plusieurs années. Alors que les banques se financent toujours à taux nuls ou négatifs auprès de la BCE et qu’elle se portent au mieux, les charges d’intérêts annuelles de la Région wallonne s’élèvent à 600 millions €. Rappelons que ses créanciers sont en grande partie constitués par des banques impliquées dans tous les scandales financiers de ces dernières années.

Cette mesure présenterait le triple mérite de récupérer une partie des sommes fraudées, de disposer de moyens pour répondre aux défis sociaux et écologiques, de financer des politiques et services publics de qualité et de montrer la voie en mettant, enfin, à contribution des entreprises qui ont largement bénéficié des aides des Etats et leur ont fait perdre des milliards d’euros en participant activement à la fraude et l’évasion fiscales.

A l’inverse, celles et ceux qui envisageraient d’appliquer les vieilles recettes austéritaires, ciblant le monde du travail et les services publics, trouveront la FGTB wallonne sur leur chemin…